Le port de Dar es Salaam a vu son trafic de transit bondir, porté surtout par les flux à destination de la RDC, du Rwanda et de la Zambie. Pour les chargeurs et transporteurs francophones, c’est un signal fort sur la montée en puissance des corridors est-africains face à la concurrence régionale.
Dar es Salaam s’impose comme hub clé des flux vers la RDC et l’Afrique centrale
Le port de Dar es Salaam change d’échelle. Sur l’exercice 2025-2026, son transit de marchandises a progressé de 17 % pour atteindre 14,61 millions de tonnes, porté avant tout par les cargaisons à destination de la République démocratique du Congo. Avec 7,77 millions de tonnes, le fret congolais représente désormais environ 53 % du transit régional traité par le port tanzanien. Cette dynamique confirme l’émergence du corridor central comme une alternative logistique majeure pour la RDC, la Zambie, le Rwanda et, plus largement, l’Afrique centrale.
14,61 Mt
Transit traité à Dar es Salaam en 2025-2026
+17 %
Croissance annuelle du transit régional
7,77 Mt
Marchandises destinées à la RDC
+30 %
Progression du fret congolais sur un an
La RDC devient le premier moteur du corridor central
Les chiffres communiqués pour l’exercice 2025-2026 décrivent une transformation profonde du rôle de Dar es Salaam. Le transit régional est passé de 12,52 millions à 14,61 millions de tonnes. Dans le même temps, les volumes destinés à la RDC ont augmenté de 30 %, passant de 5,99 à 7,77 millions de tonnes. La République démocratique du Congo concentre ainsi plus de la moitié des marchandises en transit traitées par le port.
Cette évolution est stratégique pour les opérateurs congolais. La façade est-africaine offre un accès direct aux marchés de la Copperbelt, du Katanga et de l’est de la RDC, tout en diversifiant les portes d’entrée maritimes du pays. Pour les importateurs comme pour les exportateurs, disposer de plusieurs corridors permet de réduire la dépendance à un seul itinéraire et de mieux absorber les perturbations portuaires, douanières ou sécuritaires.
"Le fret à destination de la RDC représente désormais plus de la moitié du transit traité à Dar es Salaam, ce qui place le marché congolais au centre de la stratégie régionale du port."
— Données de la Tanzania Ports Authority rapportées par The Citizen
Un hub maritime connecté aux marchés enclavés
La force de Dar es Salaam ne repose pas uniquement sur ses quais. Elle dépend de sa capacité à relier efficacement le littoral tanzanien aux territoires intérieurs. Le corridor central dessert la RDC, la Zambie, le Rwanda, le Burundi, le Malawi et certaines zones de l’Ouganda. Il constitue donc une véritable infrastructure de connexion entre l’océan Indien et plusieurs économies qui ne disposent pas d’accès direct à la mer.
Dans cette architecture, la route reste essentielle, mais l’intégration progressive du rail et des plateformes intérieures devient déterminante. Les investissements dans les infrastructures portuaires, ferroviaires et routières peuvent réduire les ruptures de charge, fluidifier l’acheminement des conteneurs et améliorer la prévisibilité des délais. Pour les entreprises industrielles et minières de la RDC, cette fiabilité est aussi importante que le coût nominal du transport.
Les autorités portuaires tanzaniennes ont par ailleurs indiqué que le traitement du fret congolais pouvait désormais être réalisé en deux jours, contre environ dix jours auparavant. Si cette performance se confirme sur la durée et s’accompagne d’une bonne fluidité sur les axes terrestres, elle pourrait renforcer l’attractivité du corridor central face aux itinéraires concurrents.
La concurrence entre corridors s’intensifie en Afrique
La montée en puissance de Dar es Salaam s’inscrit dans une compétition continentale plus large. En Afrique de l’Ouest, les corridors Abidjan-Ouagadougou, Abidjan-Lagos et Cotonou-Niamey structurent l’accès des pays enclavés aux ports maritimes. Lomé cherche également à consolider sa fonction de redistribution régionale, tandis que Dakar met en avant de nouvelles infrastructures portuaires en eau profonde pour attirer les investisseurs.
Cette concurrence ne doit pas être comprise comme un simple affrontement entre ports. Elle reflète la nécessité, pour les économies africaines, de disposer de réseaux complémentaires, capables de connecter les bassins de production, les zones industrielles et les marchés de consommation. Les corridors deviennent ainsi des actifs économiques à part entière : ils influencent les choix d’implantation des entreprises, le prix des intrants et la compétitivité des exportations.
Pour Dar es Salaam, l’enjeu sera de convertir la hausse actuelle des volumes en avantage durable. Cela suppose d’améliorer la coordination douanière, la disponibilité des équipements, la sécurité des convois et la transparence des coûts. Un port performant ne peut produire tous ses effets si les marchandises restent immobilisées aux frontières ou ralentissent sur les derniers kilomètres.
Des opportunités pour les opérateurs francophones
La progression des flux congolais ouvre des perspectives aux transporteurs, commissionnaires, transitaires et entreprises technologiques francophones. Les besoins concernent notamment le suivi en temps réel, la gestion documentaire, la consolidation des cargaisons, l’assurance transport et la coordination entre acteurs situés dans plusieurs pays.
Les chaînes de valeur liées aux minerais, aux équipements industriels, aux produits alimentaires et aux biens de consommation peuvent bénéficier de solutions plus intégrées. Les entreprises capables de proposer une visibilité de bout en bout, depuis le port jusqu’aux plateformes de Lubumbashi, Kolwezi ou d’autres pôles économiques congolais, seront particulièrement bien positionnées.
La digitalisation devient ici un facteur de compétitivité. Les outils de cotation instantanée, de comparaison des itinéraires et de partage automatisé des informations peuvent réduire les délais de décision. Ils permettent aussi aux chargeurs de mieux anticiper les coûts, les capacités disponibles et les risques de congestion sur les différents segments du corridor.
Le défi : accompagner la croissance sans créer de nouveaux goulots d’étranglement
La croissance du transit congolais est une opportunité, mais elle exerce aussi une pression accrue sur les infrastructures. Avec plus de sept millions de tonnes destinées à la RDC, Dar es Salaam doit maintenir un niveau de service élevé tout en absorbant les volumes provenant des autres pays de l’hinterland. La capacité portuaire, la desserte ferroviaire et la circulation routière devront évoluer au même rythme que la demande.
La coordination régionale sera également décisive. Des procédures douanières harmonisées, des systèmes numériques interopérables et une meilleure planification des convois peuvent faire gagner autant de temps qu’un nouvel investissement physique. Dans le cadre de la ZLECAf, ces améliorations contribueraient à transformer les corridors en plateformes d’intégration industrielle, plutôt qu’en simples itinéraires de transit.
Dar es Salaam dispose aujourd’hui d’un avantage clair : la croissance est déjà portée par une demande réelle, notamment en provenance de la RDC. La prochaine étape consistera à consolider cet avantage par des services logistiques fiables, des connexions multimodales et une gouvernance capable d’accompagner l’essor des échanges entre l’océan Indien et l’Afrique centrale.
Fontes: The Citizen — Dar port records 17 percent rise in transit cargo ; Decrypt Eco — Le fret congolais porte 85 % de la hausse du transit à Dar es Salaam ; AllAfrica — Le port de Dar es Salaam traite le fret congolais en deux jours ; Enabel — Corridors de développement et connectivité régionale ; Agence Ecofin — ZLECAf et chaînes de valeur africaines
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