La BOAD lance un nouveau plan stratégique après avoir approuvé 501 milliards FCFA de financements, un signal fort pour les infrastructures de transport, les corridors et la compétitivité logistique en Afrique de l’Ouest. Pour les chargeurs et transporteurs, cette dynamique peut soutenir des projets structurants dans la région francophone.
En quatre ans de mise en œuvre de son plan stratégique « Djoliba » 2021‑2025, la BOAD a déjà injecté près de 3 000 milliards de F CFA dans des projets de développement, dont 36 % dédiés aux infrastructures, soit plus d’un millier de milliards orientés vers les routes, ponts, corridors et plateformes qui structurent aujourd’hui la logistique en Afrique de l’Ouest.[2]
Djoliba : un plan stratégique pensé pour les routes, les ports secs et les corridors
Au cœur du plan stratégique Djoliba 2021‑2025, la BOAD a clairement positionné les infrastructures de transport comme un levier majeur de transformation économique dans l’UEMOA. Le document-cadre consacre un axe entier aux infrastructures et à l’économie numérique, avec l’ambition de « permettre une mobilité durable des personnes et des biens à l’intérieur et entre les pays membres » en développant des réseaux routiers, mais aussi des solutions multimodales et digitales.[1]
Ce choix stratégique n’est pas qu’une déclaration d’intention. Sur la période 2021‑2025, la Banque prévoit 1 085 milliards de F CFA supplémentaires pour le seul secteur « Infrastructures et économie numérique », ce qui représente déjà près de 40 % des engagements totaux de la BOAD.[1] Dans ce portefeuille, les projets routiers, les aménagements de corridors, les postes de contrôle juxtaposés, les plateformes de stockage et les systèmes numériques de gestion de trafic et de douane occupent une place centrale.
2 997
Milliards F CFA déjà engagés dans le Plan Djoliba fin 2024 (87 % de l’objectif)
12 700
Kilomètres de routes à construire ou réhabiliter via Djoliba
Selon les chiffres communiqués sur l’état d’avancement de Djoliba, la BOAD a déjà atteint 2 997 milliards de F CFA de financements approuvés sur un objectif de 3 300 milliards, soit 87 % de réalisation à mi‑2025.[2] Parmi ces montants, environ 36 % sont dirigés vers les infrastructures, devant l’énergie (20 %) et l’agriculture (19 %).[2] Autrement dit, près d’un franc sur trois que la Banque engage aujourd’hui sert à financer des chantiers qui raccourcissent les délais, diminuent les ruptures de charge et sécurisent les flux logistiques de la région.
12 700 km de routes, corridors et hubs : une colonne vertébrale logistique en construction
L’un des indicateurs les plus parlants du plan Djoliba est la cible de 12 700 km de routes à construire ou réhabiliter d’ici fin 2025 grâce aux financements de la BOAD.[2] Ces kilomètres ne sont pas de simples linéaires : ce sont des segments clés des grands corridors qui irriguent l’Afrique de l’Ouest, du port de Lomé vers Niamey, d’Abidjan vers Ouagadougou, de Dakar vers Bamako, ou encore des axes secondaires qui relient zones de production agricoles, mines et marchés urbains.
En parallèle, des plateformes logistiques et des infrastructures dites « d’accompagnement » sont intégrées aux projets : postes de péage modernes, aires de repos pour poids lourds, postes de contrôle frontaliers mutualisés, voire zones d’activités logistiques (ZAL) près des grandes agglomérations. Ces équipements permettent d’augmenter la vitesse commerciale des camions, de réduire les arrêts non planifiés et de mieux sécuriser les chargements, un enjeu crucial pour la compétitivité du fret routier régional.
"Le développement de différents modes de transport afin d’abaisser les coûts et d’offrir davantage de choix aux usagers fait partie des objectifs explicites de la BOAD dans le secteur des infrastructures."
— BOAD, secteur Infrastructures et économie numérique[1]
L’impact logistique se mesure à plusieurs niveaux :
- Réduction des temps de transit entre hinterland et ports maritimes, crucial pour les exportations de coton, de mangues, de noix de cajou ou de minerais.
- Diminution des coûts de maintenance des flottes grâce à des routes de meilleure qualité.
- Capacité accrue à structurer des corridors logistiques régionaux, préfigurant l’intégration commerciale souhaitée dans le cadre de la ZLECAf.
Un outil financier central pour l’intégration logistique ouest‑africaine
Historiquement, la BOAD se positionne comme la banque d’intégration régionale de l’UEMOA. Avec Djoliba, cette vocation prend une dimension logistique assumée : l’objectif affiché est de faire de la BOAD « la Banque de référence pour un impact durable sur l’intégration et la transformation de l’Afrique de l’Ouest ».[6] C’est particulièrement visible dans la manière dont les financements combinent :
- projets routiers inter‑États (axes transfrontaliers) ;
- renforcement des infrastructures numériques (4G/5G, backbone fibre) pour fluidifier les procédures douanières et les échanges de données ;[1]
- initiatives de dématérialisation : digitalisation des procédures administratives et des processus du secteur privé.[1]
Au-delà des volumes financiers, c’est la logique combinée « physique + digital » qui est déterminante pour la logistique. Une route plus rapide ne suffit pas si les camions sont bloqués des heures aux frontières ; c’est pourquoi la BOAD soutient aussi des projets qui renforcent les systèmes d’information, les plateformes électroniques de guichet unique et la traçabilité des flux.
Décarbonation et résilience : vers une logistique plus verte
Djoliba n’est pas uniquement un plan d’infrastructures ; c’est aussi un plan de transition climatique. La BOAD s’est donné pour objectif, à travers ce cycle stratégique, d’éviter 18 millions de tonnes de CO₂ d’ici 2025, notamment via des projets d’efficacité énergétique, d’énergies renouvelables et d’infrastructures résilientes.[2]
Pour la logistique, cette ambition se traduit par :
- la promotion de modes de transport alternatifs et complémentaires à la route, afin de réduire l’empreinte carbone par tonne transportée ;[1]
- le financement d’infrastructures plus résilientes aux chocs climatiques (inondations, chaleur extrême), essentiels pour la continuité des corridors ;
- l’intégration d’outils numériques permettant d’optimiser les tournées, de réduire les kilomètres à vide et de mieux gérer la consommation de carburant.
Les discussions sur la décarbonation des poids lourds en Europe – comme en témoigne la mission flash de l’Assemblée nationale française qui a formulé 21 recommandations pour accélérer l’électrification et la transition énergétique du fret routier[8] – résonnent directement avec les enjeux à moyen terme de l’Afrique de l’Ouest : comment financer, demain, des flottes plus propres si les infrastructures (électricité, hubs de recharge, corridors fiables) ne sont pas déjà en place aujourd’hui ?
« Djoliba, la suite » 2026‑2030 : accélération annoncée pour les chaînes logistiques régionales
Alors que Djoliba approche de son terme, la BOAD prépare déjà son nouveau plan stratégique 2026‑2030, baptisé « Djoliba, la suite ». Selon les premières informations publiées, ce plan vise à prolonger et amplifier les acquis de 2021‑2025, avec une trajectoire financière en hausse et une attention renforcée à la transformation structurelle des économies de l’UEMOA.[4]
Sans entrer encore dans le détail de ce plan – qui reste en phase d’ajustement et de validation – plusieurs tendances se dessinent pour la logistique ouest‑africaine :
- poursuite des grands programmes routiers régionaux, avec un accent sur la complétude des corridors (traitement des « maillons manquants ») ;
- montée en puissance des investissements dans les solutions logistiques numériques (tracking, e‑guichet unique, plateformes de réservation de fret) ;
- financement accru de projets favorisant l’intégration commerciale intra‑africaine, en ligne avec les objectifs de la ZLECAf ;
- structuration de nouvelles sources de financement (obligations vertes, partenariats publics‑privés) afin de répondre à des besoins d’infrastructures estimés à plusieurs points de PIB par an dans la région.
Dans un contexte où des acteurs privés globaux comme CEVA Logistics renforcent leur maillage en Afrique de l’Ouest – avec l’ouverture récente d’agences à Conakry, Libreville et Pointe‑Noire pour proposer des offres de transport et de logistique de bout en bout[1] – le rôle de la BOAD est déterminant : créer les infrastructures de base sur lesquelles ces opérateurs peuvent bâtir des solutions compétitives au service des exportateurs et importateurs ouest‑africains.
Quel impact pour les chargeurs et logisticiens ouest‑africains ?
Pour les transporteurs, transitaires et chargeurs d’Afrique de l’Ouest, l’accélération des investissements logistiques de la BOAD se traduit déjà par des opportunités concrètes :
- accès à des axes plus fiables, permettant de réduire les délais de livraison et d’offrir des engagements de service plus robustes aux clients ;
- apparition de nouveaux hubs et plateformes où les opérateurs privés peuvent investir dans des entrepôts, du cross‑docking, du conditionnement à valeur ajoutée ;
- meilleure articulation entre logistique physique et numérique, avec la montée en puissance de solutions d’optimisation et de traçabilité ;
- interconnexion progressive des marchés nationaux, ouvrant la voie à des réseaux régionaux de distribution.
À terme, l’ambition est claire : faire de l’Afrique de l’Ouest un espace logistique capable de soutenir une croissance du transport de marchandises comparable à celle observée en Europe, où, par exemple, le fret routier intérieur français atteignait 296,6 milliards de tonnes‑kilomètres en 2024, en hausse de 3,5 % sur un an.[2] L’UEMOA n’en est pas encore là, mais les chiffres du plan Djoliba montrent que l’écart se réduit, kilomètre par kilomètre, corridor par corridor.
Fontes: BOAD – Infrastructures et économie numérique, Imaginedemain.tg – Plan stratégique Djoliba 2021‑2025, BOAD – Plan stratégique Djoliba (PDF), Togo First – Nouveau plan stratégique 2026‑2030, FAQ Logistique – Actualités Afrique et France, Ministère français de la Transition écologique – Données fret routier, Transport Info – Débat sur la décarbonation du fret
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